Trail des Coursières

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Les coursières 2017 Ultratrail 103km – 4000mD+ - Côté sport et côté cœur

NDLR : Comme je sais que certains lecteurs et/ou lectrices se contrefichent des récits de course, j’ai décidé d’évoquer les parties « dans la course » et « autour de la course » dans 2 récits distincts.
 

Côté Sport :

Le départ de la course est donné à 5h sous une nuit étoilée laissant présager une journée plus calme que celle de la veille, rythmée par les orages et les fortes précipitations. L’allure de départ est très modérée, bon en même temps on part pour 103km et 4000mD+, le tout dans des chemins boueux et gras à souhait ! Donc inutile de s’exciter tout de suite. J’en profite pour me placer en tête et courir à mon rythme. Personne ne me jalouse cette position, je peux donc gérer ce début de course. J’essaye de mettre un peu de rythme mais sans trop faire monter les pulsations cardiaques et sans faire chauffer les cuisses. Tout est une question de dosage. Je ne me retourne pas mais je sens que quelques coureurs m’emboitent le pas. Après quelques kilomètres très ludiques et variés, nous ne sommes plus que 4 : Nicolas, co-équipier du team TDR, Arnaud, vainqueur l’année dernière et Victor un coureur local qui reçoit des encouragements fournis. Au gré d’une petite bosse située après le barrage de Thurins, Nicolas et moi prenons quelques longueurs d’avance. On commence à papoter car on ne se connait pas bien. C’est très sympa et les kilomètres défilent vite. On est même un peu trop pépères, si bien qu’avant d’arriver à St Laurent de Vaux, Arnaud et Victor nous rejoignent. Mais pas pour longtemps car une belle montée se profile pour rejoindre Izeron. Dans cette montée Nicolas prend les commandes et accélère presque sans en avoir l’air. Je perds un peu de terrain mais le garde toujours à vue. La descente pour rejoindre le plan d’eau d’Izeron me permet de revenir dans ses pas. Nous sommes au km 26 et il y a un ravito. Nicolas fait une petite pause pour recharger les gourdes tandis que je poursuis mon chemin. Je suis maintenant seul en tête. Je sais que la course est encore longue donc je n’essaye pas d’accélérer et tant mieux si Nicolas arrive à revenir, nous pourrons reprendre notre rythme qui me convient bien. C’est chose faite.

Nous arrivons ensuite à Duerne au km 36 où un autre ravito est proposé. Nicolas doit opérer une pause plus importante pour changer de tee shirt tandis que je fais une transition express. Je repars donc une nouvelle fois du ravito en tête. Jusqu’à St Sym le profil est descendant et Nicolas ne tardera pas à me rejoindre. Je suis un peu surpris de voir revenir également Arnaud, et le tout à une allure bien plus importante que la nôtre. Il nous double et Nicolas lui emboîte le pas. Je perds quelques mètres mais arrive finalement à recoller lorsque nous passons à la Chapelle sur coise. La descente sur le château de Saconnay est menée tambour battant par Arnaud qui a des fourmis dans les jambes. Je m’accroche un temps mais je finis par lâcher quelques dizaines de mètres… ça va trop vite et il reste 60km à faire. L’écart n’augmente finalement pas trop et après le château de Pluvy j’arrive à revenir à leur hauteur. Nous arrivons à St Sym groupés (à 3 tu parles d’un groupe…) avec 54km et 4h46 de course. Les jambes commencent déjà à tirer un peu. Cela ne me rassure pas vraiment car il nous reste encore un bon plat de résistance. Comme à Duerne, j’opère un ravito express tandis que mes deux compères rentrent se ravitailler dans la « base de vie ». Pour la 3ème fois je repars en tête. Je récupère mes bâtons qui pourront soulager les cuisses lors des montées. Je suis finalement dans un rythme correct mais Arnaud me rattrape rapidement et me dépose littéralement. Soit il est vraiment fort aujourd’hui et il n’y aura pas grand-chose à faire, soit il bluffe. Je poursuis dans mon effort et je vois que l’écart entre Arnaud et moi ne grandit plus, il a même tendance à diminuer. Avant le ravitaillement de Chatelus je le rattrape, il n’est pas au mieux, il a mal au ventre. Peut-être est-il reparti trop vite après s’être bien rassasié à St Sym. Bref, je file en pensant qu’une fois sa digestion terminée il reprendra du poil de la bête (il finira par abandonner). Les jambes répondent bien et j’arrive à bien courir. Au passage du crêt Malherbe, la pluie fait son apparition. Une petite lassitude s’installe en même temps qu’une baisse de régime. J’ai du mal à m’alimenter, les gels et les barres énergétiques ne passent plus. Au ravito de Lamure, je décide de prendre le temps de me poser. Je mange un peu de choses salées, des oranges, des bananes et du coca. On m’informe que Nicolas est passé à Chatelus avec 5min de retard. Je suis prêt à repartir. Petite sensation de froid au moment de reprendre la course, vite dissipée par la montée assez raide. Je rejoins ensuite un bout du parcours de la Saintélyon. Ça rappelle de bons souvenirs et ça booste. Je suis bien, les km défilent assez vite sur cette portion plutôt descendante. Se profile alors la belle montée jusqu’à Ste Catherine. Je l’attaque en marchant en appuyant bien sur les bâtons. La fin est un peu raide, mais Eric et Georges, omniprésents sur le parcours, sont en haut pour m’encourager et m’informer que Nicolas est passé à Lamure avec un retard de 19min… j’ai du mal à le croire. Il me reste à ce moment là un peu moins de 20km donc si je ne m’effondre pas, ça devrait pouvoir « le faire ». Je gère la portion jusqu’au ravito de St André avec des sensations moyennes. Je m’arrête de nouveau pour recharger les batteries car j’ai toujours du mal à m’alimenter en course. Il reste 10km. Nicolas est passé à St Catherine avec 17min de retard, mais il s’est refait une belle santé parait-il. Il n’y a pas lieu de paniquer et je décide d’opter pour une montée au signal assez tranquille pour pouvoir relancer ensuite et finir le plus vite possible. Finalement la montée au signal est raide et il est difficile de la faire tranquillement. Une fois là haut, je connais le chemin par cœur. Ça aide bien quand on a 95km dans les pattes. Et c’est bon pour le moral. Les petites bosses s’enchainent bien et je cours pratiquement tout le temps. La descente finale se présente maintenant. Je sens qu’il ne peut plus rien m’arriver. Je profite au maximum de ces 2 derniers km. Ca fait 10h15 que je suis sur cette course. Ce fut long mais c’est passé tellement vite à la fois. Le dernier km : j’entends la voix d’Alex le speaker. Je rejoins la partie goudronnée, dernier virage pour arriver face au gymnase. Je peux lever les bras, taper dans les mains et serrer dans mes bras toutes les personnes qui m’ont encouragé. 10h19 de courses, les jambes s’arrêtent net. Nicolas, auteur d’une fin de course magnifique arrivera 8min plus tard. Le 3ème est à 1h. Je suis rincé, mais ravi…mais rincé… mais ravi !!

Côté Cœur :

Difficile de quitter le cocon familial en cette fin d’après midi de vendredi. Je sens en plus que les enfants ne sont pas enjoués à l’idée que je parte encore étant donné que j’étais déjà monté à Paris pour le boulot dans la semaine. La pluie diluvienne qui tombe n’aide pas à la motivation. Mais je ne dois pas trop tarder car je suis attendu chez Yves et Joëlle pour diner et dormir (un peu). Je dois également passer chez mes parents pour confier à ma mère mes ravito perso. Et oui, grande première, Maman s’est proposée pour faire mon assistance sur la course à partir de St Sym. « Danny l’assistance tout risques » ! Le trafic routier me fera arriver peu tard à St Jean si bien que je ne reste pas trop. Arrêt express également chez Nanou et JP pour leur confier de quoi me ravitailler à Duerne, où ils seront postés en tant que bénévoles. Et oui c’est toute une armée bien rodée qui est prête à m’assister dans les zones de ravitaillement. J’arrive finalement à Layat vers 21h et après une bonne soupe, une assiette de riz et un yaourt, je file au lit. La nuit est courte mais plutôt bonne. Je vous recommande cette chambre d’hôte 5* avec vue imprenable sur le clocher de St Sym et les monts du lyonnais en toile de fond.
A 3h30 je déjeune avec Yves, on discute de poulailler, de compost et d’autres choses, si bien que je suis presque en retard pour me préparer. Yves assure le suivi photo sur la course (il est bien le fils de son père…). Arrivé sur place, je suis happé par Eric qui me guide vers le speaker. Petite interview pleine d’incertitude et d’interrogation sur le déroulement de la journée qui commence. Le départ est donné à 5h. Au barrage de Thurins Yves est là avec son appareil pour nous shooter dans un joli cadre, même si la lumière du jour fait encore un peu défaut.
A Duerne, je sais que JP et Nanou sont sur le ravito. J’espère voir aussi Jacky et Michèle. Pas manqué ! quelques mètres avant le ravito c’est Jacky qui sautille et qui m’encourage comme un coureur du tour de France. Il court avec moi jusqu’au ravito. Là je rentre dans le stand de formule 1. JP me tend mes deux gourdes et mes gels tandis que je laisse par terre mes gourdes vides et ma lampe frontale. En 5s top chrono l’affaire est pliée et je suis déjà reparti. Laissant un peu sur leur faim mes deux tantes… désolé !

L’arrivée sur St Sym se fait en traversant la Neylière et le château de Pluvy. Lieux hautement symboliques. Mais ce n’est rien à côté de la traversée du mythique « clos ». Il ne manquerait plus que le parcours remonte la grande rue pour que je me mette à danser « Hyppolite le gentil » en suçant des pastilles Vichy.

A St Sym débute l’assistance de 1ère classe. Tandis que mes compères de courses prennent leur temps pour se restaurer à l’intérieur de la base de vie, avec maman nous restons dehors marchons un peu tandis que je procède au changement des gourdes et à la recharge en barres et gels. Quelques gorgées de St Yorre, un peu de crème de marrons (faut bien se régaler quand même), et me voilà reparti. Scène un peu cocasse : alors que ma mère est en train de me ravitailler, on voit arriver Jean et Mireille, des amis de mes parents. Ma mère leur faire comprendre que tout de suite, là, maintenant, elle n’est pas dispo. Ça m’a bien fait rire de la voir concentrée dans sa fonction d’assistance de course.
Quelques km après St Sym alors que je monte sur un chemin, je distingue, gravé dans la terre, la lettre A, suivie de L puis L puis E puis Z et un peu plus loin M, A, X… ??? qui a bien pu écrire ça ?. J’ai seulement besoin de lever les yeux pour voir au loin, postés vers une croix, mon cousin Bart avec ses 2 filles. EXCELLENT ! quand je vous dis que c’est une ambiance tour de France aux coursières ! on échange quelques mots, petite tape dans les mains et me voilà boosté pour la suite.
Dans la descente du crêt Malherbe, alors que la pluie devient un peu froide, je vois 2 objectifs pointés sur moi. Bien cachés derrière, Yves et Marion attendent un joli sourire de ma part. Celui-ci a un peu de mal à sortir car je n’arrive plus trop à m’alimenter, mais finalement un léger rictus égayera ma mine presque déconfite.
Arrêt au ravito de Lamure. Pas de transition express cette fois-ci. Je prends le temps de me poser. Ma mère est là en compagnie de Joelle et de Pauline, la copine de Nicolas, mon partenaire du team TDR qui est 2nd à 5min derrière moi. Il se trouve que Pauline est également la sœur d’un très bon pote à mon frère. Tout se croise et s’entremêle. Bref, ma mère prend bien soin de moi. Elle me tend un tupperware avec du quinoa légèrement salé à l’intérieur et de la St Yorre. Que des choses qui me font envie. Ça fait du bien de papoter et de blaguer un peu. Je repars en leur donnant rendez-vous au prochain ravito à St André la côte à 10km de l’arrivée. Tout le long du parcours les gars aux vestes bleues (comprenez les membres du staff des coursières) n’auront de cesse de m’encourager. Quand on court seul ça fait vraiment du bien. Ils ont été énormes du début à la fin. Immense merci à eux.
Peu avant le dernier ravito de St André, j’ai la bonne surprise de voir JP et Nanou qui font la circulation à un carrefour. Ils sont vraiment de partout, ce sont des bénévoles dévoués et efficaces. C’est pour ça qu’on les réclame au triathlon de Paladru !
Ca y’est, le dernier ravito est en vue. Je distingue facilement ma mère avec sa gore tex rose-orangée. Elle m’a préparé une soupe mais ça ne me fait pas envie. Elle me tend la crème de marron mais ça non plus ça ne me dit rien…. Ouhlà, il devient pénible doit elle se dire ;-) finalement quand on ne peut plus rien avaler, les fondamentaux Coca-banane restent une valeur sure. Je reçois des encouragements chaleureux en repartant. Je sais maintenant que la ligne d’arrivée n’est plus très loin. Il faut s’appliquer, se concentrer, bien courir, marcher quand il le faut, bien boire par petites gorgées et manger un peu par petites bouchées (si ça passe). Les derniers km sont assez intenses. Après 10h d’effort, je sens que la pression retombe, je profite. Sur la ligne d’arrivée seront présents pleins de personnes qui m’ont encouragé ce jour. Ça me donne des frissons et au moment de croiser tous ces regards, de tomber dans les bras de toutes ces personnes formidables, il m’est difficile de retenir une petite larme, mêlant joie intense, et grosse fatigue. En fait je n’essaye même pas de la retenir cette petite larme, je suis heureux, je profite pleinement de ce que le sport peut nous donner comme émotion. Certaines mauvaises langues diront que ce n’est « que » l’ultra des coursières mais je m’en fiche, pour moi cette course, organisée par cette équipe de passionnés, dans cette région-là, entouré de ma famille, aura toujours une saveur très particulière.
Petit tour sur une estrade d’au moins 30cm de haut pour une interview à chaud (voire même très chaud). J’ai déjà été meilleur dans cet exercice mais bon… de là-haut (30cm pour rappel) je distingue des têtes et des barbes dont celle de mon cousin Manu, toujours fidèle au poste des coursières lui aussi, et qui a couru le 49km en relais avec l’ami Z. Bravo à eux d’avoir été au départ et à l’arrivée avec tous les pépins des derniers temps. Pas facile le passage à la quarantaine !

S’en suit une succession de félicitations, de serrage de mains, de tape dans le dos, parfois de personnes que je ne connais absolument pas mais qui m’appellent par mon prénom, c’est amusant. Mon Cousin Guillaume avec Sandra et les jumeaux arrivent à leur tour, suivis de Jacky et Michèle. C’est vraiment super sympa de voir toutes ces personnes. Le problème c’est que j’ai du mal à rester debout en position immobile, je suis contraint de m’asseoir ce qui n’est pas commode pour papoter.

Nicolas arrive 2nd, 9min après moi. Je crois que j’ai mangé mon pain blanc en finissant cette fois devant lui. En effet sur les courses Grenobloises (format 20 – 40km), quand Nicolas est sur la ligne de départ, c’est l’ensemble du peloton qui perd une place. Cet ultra était une découverte pour lui et il a plutôt bien géré. Quand il aura acquis un peu d’expérience sur cette distance, je n’aurai plus le loisir de pouvoir lire les étiquettes de son sac à dos. J’ai en plus rencontré un chouette gars, on a bien papoté, c’était très sympa. Bravo et merci.

Douche rapide mais salvatrice, repas mangé partiellement sans trop d’appétit mais en bonne compagnie : Manu, Z, ma mère, Joelle et Andy auteur d’une belle 10ème place sur le 49km solo en ayant pris soin de ne pas aller vite (dixit lui-même). Il faut maintenant patienter jusqu’à 20h pour les podiums. Ce que je pensais être long va finalement passer assez vite. Le temps de faire une interview par téléphone au correspondant sport du journal « le progrès » de répondre aux nombreux SMS (Greg et Piépié en pôle dans cet exercice), de passer un petit coup de fil à la famille resté à Vourey et de siffler une petite binouze avec JP. Il est déjà 20h. Guillaume et sa petite famille sont revenus exprès pour la remise des récompenses. J’ai cru comprendre que ce sont Noa et Louanne qui ont mis la pression aux parents. C’est bien les jeunes !!

Je monte donc sur la boite d’abord encadré par Nicolas et Stéphane (coureur de Bourgoin Jailleu) puis accompagné de la vainqueur féminine, Francesca Canepa. Je ne vais pas réciter le palmarès de cette traileuse italienne car mon CR est déjà bien assez long, je vous laisse taper son nom sur internet et google fera le reste. Impressionnante !

Une dernière bise à tous ce petit monde et je rentre retrouver Nath et les enfants qui m’ont terriblement manqués sur la ligne d’arrivée tout comme mon père, occupé lui aussi à organiser un évènement sportif et convivial. Je crois qu’on aime vraiment ça dans la grande famille Besace !

  

 

 

 

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Commentaires  

#6 joannin martine 10-06-2017 14:24
Trop fort Maxime ! 1000 bravos
et courir sur nos terres natales dans ces chers Monts du Lyonnais, si beaux, même sous la pluie, rajoute à l'émotion de la lecture. (tous ces lieux évocateurs : un peu l'impression de courir avec toi, un peu seulement)
Quant à "Dany l'assistance tous risques", qu'est-ce qu'elle est photogénique !!! un plus dans la Besace Trail Team
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#5 Chris 31-05-2017 20:26
Un grand bravo Max superbe course, très beau résumé. Bonne poursuite pour cette année
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#4 Greg 31-05-2017 14:01
Encore félicitations pour cette belle victoire...
Par contre j'imagine que tu as mis le même temps pour faire 103 km que pour écrire ton résumé non? :-)
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#3 Anne-Gaëlle 30-05-2017 21:38
Un peu fière d'avoir "prêté" ma chambre au champion des coursières.. Si mes objectifs sont beaucoup moins prétentieux (réussir un jour le 8km du RTT), quelle motivation de suivre tes exploits!! Bravo Max!!
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#2 romain 30-05-2017 19:07
FELICITATION MAX
très belle course la première place !
bravo
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#1 MaN 29-05-2017 16:18
10 à l'heure pendant 103 bornes, quand je plafonne à 9,5 sur 23 kilomètres.
Je trouve plus trop les mots. Besace pride !
Le chapoba !
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